Sortie de Grange

Sortie de Grange : Annonces & Conseils d'achat

Ma première conduite classique était dans une Porsche 356C

Écrit par Florence Walker // Photographie par Ted Gushue

J’ai mis les pieds sur une pédale et j’ai regardé mon instructeur français en espérant que c’était bien le frein.

« Zat », m’a-t-on dit, « est l’embrayage ».

Quatre magnifiques véhicules garés devant l’hôtel Ermitage de Saint-Tropez avaient un train à prendre. Les voitures avaient été descendues sur la côte d’Azur par un groupe de huit personnes, mais trois d’entre elles s’étaient détachées, probablement en direction d’un yacht. Quand ils sont partis, on m’a demandé si je voulais conduire la Bentley. Ha ! Bien sûr, pourquoi pas ? Quelle Blague !

Ce n’était pas une blague. Mais vu que la Bentley pouvait être un peu capricieuse par cette chaleur, ils ont dit : est-ce que je pourrais prendre la Porsche ?

« Mais, mais », je bégayais, « vous plaisantiez ».

« Nous avons quatre voitures et quatre chauffeurs », a dit Monsieur, « vous faites des maths ».

Une heure plus tard, Monsieur s’est agenouillé à côté de la voiture pour me donner un cours accéléré de conduite : « Ça va aller », s’est rassuré mon instructeur, « vous vous souviendrez de ce qu’il faut faire à la fin de la route ».

Au bout de trois miles, j’ai calé sur la voie unique à la sortie de Saint-Tropez. Calme, me suis-je dit. Il suffit de tourner la clé dans le contact. VURH-VURH-VURH-VURH. Le trafic commençait à s’accumuler derrière nous. J’ai essayé à nouveau. VURH-VURH-VURH-VURH. La porte de la Bentley derrière moi s’est ouverte et Monsieur a couru en avant.

« Mettez le pied sur l’accélérateur », on m’a dit « donnez du gaz ! »

VURH-VURH-VURH-VURH

« Ton pied droit en bas ! »

Il s’est réveillé grincheux, menaçant de décrocher à nouveau, malgré le trafic. Dès que la barrière de l’autoroute s’est soulevée, il a fallu un pied lourd pour la rendre heureuse. Et dès qu’elle l’a fait, toutes mes vertus de tranquillité ont fondu.

Les autres membres du convoi m’avaient rassuré en me disant qu’ils n’iraient pas vite. Quel gâchis ! Faisons voler ces machines ! J’ai salué et gloussé les autres en passant en rugissant.

Des pensées malveillantes me traversaient l’esprit : peut-être devrais-je m’enfuir ? Cette voiture conviendrait à une gentille femme voleuse de chats. J’ai toujours rêvé de pouvoir escalader les murs des hôtels et d’empocher les bijoux étincelants des jeunes starlettes. Je pourrais devenir une habituée des bars d’hôtel, séduire mes victimes puis droguer leurs Martinis avant d’empocher leurs Rolex en or.

Incroyable, qu’une machine puisse transformer la psyché d’une personne avec quelques milliers de tours.

Heureusement pour son propriétaire, même si le loup aime à fantasmer sur sa vie de chasseur solitaire, c’est un animal de meute. Je suis retourné à ma place dans le convoi, et je me suis contenté de prétendre que je m’appelais Frances Stevens et que j’étais parti pour convaincre John Robie de laisser ma mère venir vivre avec nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *