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Alain Lévesque redéfinit l’automobile avec un futurisme d’avant-garde

Depuis le 20th siècle, où la voiture a été accueillie avec hésitation (au début) dans le monde de l’art (regardez les formes brutales et dynamiques du mouvement futuriste, qui voyait dans les voitures un élément vital de la nouvelle société), elle est devenue un sujet séduisant. Parmi les artistes les plus respectés qui ont tourné le dos aux sujets artistiques conventionnels – comme Mère Nature ou d’autres « belles » choses communément acceptées – la contribution d’Alain Lévesque est remarquable. Ses peintures préservent la qualité des voitures qu’il sélectionne, et elles sont présentées dans des tableaux frappants de couleurs et de géométrie sans ajouter trop de couches supplémentaires pour masquer les machines en leur centre. Son travail est à la fois rétro et frais, puissant et saisissant, et ses peintures dégagent une atmosphère très particulière. J’ai récemment eu la chance de parler avec l’artiste canadien-français pour avoir un aperçu de son processus de création et de ce qui l’inspire à peindre.

Monika Repcyte : Alain, commençons par les bases ; quel est votre tout premier souvenir lié à la voiture ?

Alain Lévesque : Le souvenir le plus remarquable de mon enfance lié à la voiture est un jour précis de 1967, où j’ai vu mon père au volant d’une nouvelle Buick Riviera. Quand j’ai vu ses feux rétractables, son essuie-glace et son antenne, j’ai été absolument certain que cette voiture en somptueuse blouse blanche contenait des armes secrètes cachées à l’intérieur. C’était l’époque où Batman faisait sa première apparition à la télévision, et j’attendais toujours avec impatience les épisodes où il sauterait dans sa propre Batmobile.

MR : Quand j’ai découvert vos œuvres, j’ai pensé que les références au mouvement futuriste des années 30 étaient immédiatement reconnaissables. Néanmoins, vous citez également le mouvement Art Déco parmi vos inspirations, et différentes expressions artistiques en général vous semblent importantes. Lorsque vous avez commencé à faire vos premiers dessins, étiez-vous plus encouragé par la fascination pour ces mouvements artistiques particuliers ou plutôt motivé par l’amour des voitures elles-mêmes ?

AL : Eh bien, ma fascination pour les voitures était déjà apparente avant même que je commence à aller à l’école. J’ai remarqué que mes parents avaient mis l’accent sur l’intérêt pour l’automobile et même sans le comprendre consciemment, j’ai développé des codes visuels orientés vers les voitures.

Quand j’ai appris qu’il existait une sorte de parallèle dans le monde de l’art, appelé « Art Automobile » (et qu’il y avait même des galeries spéciales à Londres, Paris et New York, qui étaient consacrées à cette nouvelle branche de l’art moderne), j’ai eu l’impression que l’histoire de l’art moderne accueillait les voitures comme une partie essentielle de la culture populaire. Trente ans après ma décision initiale, il semble que ma carrière ait été guidée par le destin, car la fascination du public pour l’automobile n’a jamais vraiment décliné à partir de ce moment.

En parlant de mouvements artistiques, mes études d’art graphique à Montréal m’ont permis de coller des termes clairement définis sur les mouvements artistiques, qui avaient déjà marqué mon travail créatif à cette époque. Le futurisme italien, le cubisme et le constructivisme russe ont tous contribué à forger mon identité créative et ils ont aidé à développer mon propre style. Ces mouvements dits d’avant-garde m’ont offert la liberté d’expression ; je pouvais laisser de côté la précision immaculée pour m’exprimer correctement. Pendant cette période, j’ai réalisé ma toute première œuvre, qui intégrait l’idéologie qui sous-tend toutes ces orientations artistiques d’avant-garde. Ce style est rapidement devenu ma signature.

MR : Selon vous, quel a été le moment décisif de votre carrière artistique ?

AL : Je pense que l’un des moments les plus importants, qui m’a permis d’exceller dans ce métier, a été un coup de téléphone à un directeur de galerie à New York. Il a fait l’objet d’un reportage spécial dans Automobile en 1989, et c’est là que je l’ai vu pour la première fois. Je dois admettre que le directeur n’était pas très enthousiaste à l’idée que je lui envoie mon portfolio (il devait en recevoir des tonnes chaque jour). Néanmoins, j’ai persisté et j’ai envoyé quelques exemples de mon travail. Trente ans plus tard, je travaille toujours avec cette galerie, L’art et l’automobile (qui est maintenant situé au Texas), et avec son directeur actuel, Jacques Vaucher.

MR : Pouvez-vousen savoir plus sur votre processus de peinture ?

AL : Bien sûr. Je prépare d’abord une série de croquis au crayon, qui est suivie de plusieurs études réalisées à la gouache. Lorsque le résultat final semble satisfaisant, j’imprime une version papier sur le format original de la toile. La dernière étape consiste à tracer les formes finales avec le pinceau et à compléter les différents schémas de couleurs, qui diffèrent souvent de ceux utilisés pour l’étape de la gouache.

MR : Vous avez collaboré avec des marques automobiles prestigieuses (Porsche, pour en citer au moins une) et contribué à des événements d’importance majeure (par exemple, création des affiches du concours d’élégance à New York). Je suis sûr que vous avez de nombreux autres projets mémorables à votre actif, pouvez-vous nous en faire part ?

AL : Ma collaboration avec la société de vente aux enchères Barrett-Jackson (qui crée des affiches et des catalogues pour eux) m’a ouvert de nombreuses portes, notamment pour communiquer avec de nouveaux types de collectionneurs. Mon expérience avec Porsche à Stuttgart dans le cadre de ses 50th anniversaire en 1998 a également été exceptionnel car il a permis à mes œuvres d’être plus largement reconnues en Europe. Plus récemment, un rapport spécial a été publié dans l’édition italienne de Top Gear, et j’ai eu une page de couverture consacrée à mon travail dans le magazine Porsche Panorama.

MR : Quels souvenirs gardez-vous de tous ces projets ? Quelles sont les principales exigences pour un artiste comme vous ?

AL : Vous savez, il y a un sentiment très aigu qui reste en moi longtemps après la fin des projets : au-delà de la forte passion pour les voitures, les gens avec qui je travaille (et pour qui je travaille) sont très curieux de connaître l’origine de ma vision. Avoir la possibilité de participer à des échanges créatifs avec de telles personnes enrichit mon travail et mon expression. La principale exigence pour moi est de préserver mon style de signature et de ne pas dévier.

MR : Y a-t-il un dénominateur commun, qui caractérise toutes les voitures de votre répertoire créatif ? Comment les choisir ?

AL : Si je devais choisir un dénominateur commun, il serait basé sur deux axes principaux de développement de la conception dans les 20th siècle. La première période (les années 20 et 30) a conduit l’humanité et la civilisation vers une nouvelle modernité. La seconde période, les années 60, est particulière pour le sens de la liberté et de l’inventivité, qui se manifeste dans la conception de ces temps (et surtout dans les voitures). L' »ère spatiale » était une réalité très tangible à l’époque et, évidemment, certains créateurs ne pouvaient s’empêcher de faire écho à ce sentiment dans leur travail. Bill Mitchell, créateur du Sting-Ray, de la Riviera et de la Toronado, couvre à lui seul toutes ces particularités de l’ère spatiale qui ont cimenté les rêves et les inspirations des enfants de cette époque…

En parlant de modèles concrets, tous mes préférés avaient atteint mon imagination tout naturellement, avec l’aide de la culture pop. Grâce à James Bond, j’ai découvert la fantastique Aston Martin. Je me suis réapproprié et je l’ai réinterprété à plusieurs reprises. Je citerais également les Jaguars parmi mes sujets favoris. De plus, le cinéma américain des années 60 a été une démonstration impressionnante de muscle cars : les Ford Mustangs, les Dodge Chargers et les Chevrolet Camaro étaient comme des amis que j’espérais rencontrer personnellement.

MR : Avez-vous déjà reçu des remarques sceptiques sur le sujet de votre travail ?

AL : En général, oui, il y a eu des moments où j’ai dû expliquer pourquoi j’ai choisi de peindre des voitures comme sujet principal. Comme vous le savez, la compréhension de ce qui est censé être une véritable « œuvre d’art » varie grandement en fonction de notre expérience dans le domaine de l’art et de nos sentiments personnels. J’ai discuté avec des gens qui étaient profondément persuadés que seule la beauté de la nature mérite d’être représentée. C’est à cette occasion que j’ai essayé de montrer que la beauté pouvait résider dans des choses complètement abstraites (c’est ce qu’enseigne aussi l’histoire de l’art moderne !).

Je me souviens aussi de certaines fois où j’ai dû expliquer ma démarche créative. Par exemple, j’ai représenté un modèle de Porsche divisé en plusieurs avions dans la veine futuriste, ce qui était en contradiction avec la vision de ses propriétaires. Il a réagi avec beaucoup de sensibilité, mais après que j’ai expliqué l’aspect historique de cette représentation, il m’a remercié d’avoir ouvert de nouvelles perspectives et d’avoir aidé à décoder d’autres œuvres conçues de manière similaire.

MR : Et qui vos clients, en général ?

AL : Ma clientèle est principalement composée de connaisseurs du style, de l’architecture et du design. Ils ne deviennent pas tous fous à la vue des voitures… J’ai un client en Allemagne dont la famille fabrique des objets en verre depuis six générations, par exemple. Il m’a apporté un projet de création de plusieurs œuvres qui pourraient mettre en valeur les caractéristiques les moins exploitées de certains modèles de voitures. Pour référence, il m’a donné des photos de son impressionnante collection de voitures. Un exemple pourrait être un dessin de sa Bugatti Atalante – dans cette œuvre, j’ai adopté un thème équestre en arrière-plan pour souligner les origines de la marque.

MR : Vous avez donc aussi cité les muscle cars comme vos amis…uelle est l’histoire de votre Pontiac Firebird ?

AL : Comme j’étais si intensément attiré par l’esthétique des années 60, j’ai vu dans John DeLorean un ingénieur capable d’insuffler une nouvelle énergie aux œuvres de Bill Mitchell. L’arrivée de la Pontiac GTO en 1964 et l’essor rapide des designs audacieux liés à des niveaux de performance élevés ont fait naître un tout nouveau rêve générationnel. En ce sens, l’achat d’une Firebird a été une grande décision. J’ai le sentiment de posséder aujourd’hui une icône indéniable de cette période exceptionnelle du design américain.

Comme la musique est aussi l’une de mes plus grandes passions, j’aime sortir mon Firebird (qui est, soit dit en passant, équipé d’un puissant système de son) pour une balade spéciale. La conduite devient une expérience dans laquelle la destination n’est plus qu’un détail insignifiant…

MR : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

AL : En ce moment, je travaille sur un projet de grande envergure pour un jeune bijoutier dont le père a participé à la série Alpine-Renault dans les années 60. J’ai créé une série de croquis à partir des tableaux de bord. L’idée principale est d’exprimer l’essence d’Alpine-Renault et non pas simplement de le dépeindre comme le ferait n’importe quel illustrateur. Pour paraphraser l’un de mes clients, « l’utilisation du tableau de bord dans vos œuvres est l’un des moyens de faire parler une voiture sans la voir ».

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